Je profite de l’anniversaire de sa mort pour vous parler de l’homme qui m’inspire le plus, William Morris. À la fois designer textile, imprimeur, typographe, architecte, théoricien de l’art, militant socialiste, poète, il a lutté toute sa vie pour ramener un peu d’humanité et de beauté dans la société.

revolution industrielle angleterre

Le XIXe siècle voit le développement des machines-outils, de la paupérisation de la société, des conditions de travail de plus en plus difficiles, d’autant plus au Royaume-Uni, qui a déjà très fortement développé son industrie. Né en 1834, bien que d’un milieu aisé, William Morris est sensible à la situation des ouvriers industriels. L’humain et l’art sont au centre de toutes ses actions et théories. Il lutte toute sa vie contre les abus de la société industrielle, la déshumanisation,la standardisation des objets et la recherche effrénée de profit. Il dénonce la place donnée au commerce dans nos sociétés. Auparavant (au Moyen-Âge et jusqu’au début de la Renaissance), la valeur était donnée aux objets fabriqués, donc tout était fait pour que l’objet fabriqué soit de qualité. À partir de la fin de la Renaissance – et cela ne s’est qu’accentué depuis – le commerce n’est plus un moyen, mais une fin en soi. L’objet – qu’il décrit comme étant un « ersatz » du vrai produit – est fabriqué pour assurer un « gagne-pain » à l’ouvrier et surtout pour enrichir le commanditaire. Aujourd’hui les intermédiaires n’ont fait que se multiplier, et la finalité est la même : l’enrichissement des commanditaires et des intermédiaires, aux dépends des fabricants, mais aussi de la qualité de l’objet fabriqué.

Atelier William Morris
Un atelier Morris & Co

William Morris souhaite le retour des méthodes de fabrication du Moyen-Âge pour de multiples raisons. Le fabriquant, ou l’artisan, est alors ce qu’il appelle « un artiste libre ». Il maîtrise son art de A à Z et collabore de façon horizontale avec les autres artistes libres pour créer des oeuvres d’art plus complète, comme des oeuvres architecturales. De plus, chaque artisan éprouve du plaisir en travaillant, ce qui est fondamental pour réaliser une oeuvre qui donnera par ailleurs du plaisir à la personne qui en fera l’acquisition. Je trouve les discours de William Morris complètement justes et inspirants. Avoir du plaisir en travaillant ; prendre le temps de créer une œuvre, de respecter la matière ; travailler de façon horizontale en collaborant avec d’autres personnes ; respecter les fabricants en leur assurant des minimums de revenus et des conditions de travail décentes ; respecter les personnes qui achètent les objets en lui proposant des marchandises de qualité ; la liberté créative ; une quête de qualité et d’esthétisme ; permettre aux personnes d’éprouver du plaisir en faisant l’acquisition de tels objets, voilà ce qui devrait être au cœur des préoccupations d’un créateur. William Morris pose ainsi les bases de ce qu’on appelle le « design d’organisation ».

« Nous au moins, nous nous sommes souvenus de ce que la plupart des gens ont oublié à force de se consacrer à la fabrication stérile d’ersatz : il est possible d’être heureux, le travail peut être un plaisir, l’essence du plaisir réside dans le travail […] si l’entraide est son principal moteur. »

« L’art devrait être une aide et un réconfort pour la vie quotidienne de chacun. »

« Sentir que l’on doit faire une chose non pour satisfaire la lubie d’un imbécile ou d’un groupe d’imbéciles, mais parce qu’elle est vraiment positive en soi, autrement dit utile, sera sans aucun doute d’une grande aide pour accomplir sa tâche »

William Morris, L’art et l’artisanat

 

Red House William Morris

Il construit une maison, la Red House, mais rien ne lui plaît dans les articles de décoration d’intérieur, donc il crée toute sa décoration avec ses amis. Il crée alors en 1861 une entreprise d’arts appliqués ayant pour but la fabrication d’objets (meubles, vitraux, textiles, papiers peints, …) pièces uniques ou petites séries, dans des conditions respectables et respectueuses, en valorisant la transmission des savoirs artistiques et l’idéal d’un art coopératif. C’est la Morris, Marshall, Faulkner and Co, puis la Morris & Co en 1875. Il ouvre également un magasin proposant à la vente, pour la première fois, tous les éléments de décoration d’une maison, le premier concept store d’articles de décoration.

Initiateur de tendances,William Morris fait de sa vie une œuvre d’art totale, s’inspirant du passé (et surtout du Moyen-Âge) pour le sublimer. Il est le fondateur du mouvement Arts & Crafts, premier mouvement à rapprocher les Beaux-Arts des arts appliqués, à l’origine de l’Art Nouveau et du Bauhaus. Il crée également un magazine ; écrit parallèlement des poèmes mais aussi plusieurs manifestes en faveur des ouvriers. Il s’engage en faveur du Socialisme dans les années 1880. Il est généreux, empathique, intuitif, créatif, intelligent, courageux, énergique, a une grosse capacité à entreprendre, à initier les choses et mettre en place ses projets, il est à la fois dans l’action et dans la réflexion. Il meurt le 3 octobre 1897.

 

2 comments on “Hommage à William Morris, un créateur inspirant”

  1. Merci pour cette découverte. En échange je t’invite à aller jeter un œil à la philosophie de vie et aux œuvres des suédois Carl et Karin Larsson…

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